Le Syndicat des Musiques Actuelles est un organe politique vital pour les Scène de Musiques Actuelles, dont fait partie Pannonica. Particulièrement dans le contexte actuel, nous souhaitions vous transmettre la parole d’une de ses têtes pensantes et vous éclairer sur ces dispositifs à l’ombre de nos métiers, mais indispensables.
Quelle est la mission du SMA et quel est votre rôle par rapport à celle-ci ? La mission du SMA est triple. D’abord, elle consiste à accompagner les adhérents – donc des lieux de diffusion, tels que Pannonica, labellisés SMAC ou pas, des festivals, des producteurs de spectacles, des labels, des radios, des centres de formation, des réseaux & fédérations – notamment via une permanence juridique, mais aussi des formations et des groupes de travail. Ensuite le rôle du SMA est de représenter ses membres dans les instances professionnelles : dans les négociations des conventions collectives (nous en négocions trois), mais aussi au CNM et enfin dans les instances liées à la formation professionnelle, pour défendre au mieux leurs intérêts. Enfin, le SMA contribue à l’élaboration des politiques publiques en lien avec le Gouvernement, le Parlement ou les associations de collectivités territoriales. Mon rôle est de mettre tout cela en œuvre en lien avec les instances du syndicat et l’équipe salariée.
Qu’aimez-vous le plus dans votre métier et à quoi ressemble votre journée de travail ?
Ce que j’aime beaucoup dans mon métier est la variété des sujets, ils sont très larges : par exemple, cela peut aller des questions de salaires dans la profession, jusqu’à des questions de transition écologique, en passant aussi par des sujets sociétaux, tel que l’incidence de la montée de l’extrême droite sur la culture. Ce qui m’anime avant tout, c’est la rencontre avec l’Autre, les échanges, les débats. Grâce à ma fonction, je suis en contact permanent avec les adhérents et avec nos interlocuteur·rices, je me déplace beaucoup et cela m’enrichit énormément. Je me considère comme un porte-voix de la profession, mon rôle est de capter les signaux faibles ou forts et de les organiser pour qu’ils soient pris en compte. Je suis aussi très intéressée par les politiques publiques. Ce qui m’anime, ce sont les questions de justice sociale.
Si vous deviez résumer, l’utilité des subventions publiques dans le domaine de la culture…
Les subventions publiques dans la culture, comme dans tout autre domaine d’ailleurs, sont là pour prendre en charge ce que le marché n’honore pas. Ce qui est intéressant et complexe aussi dans les musiques actuelles, c’est qu’elles relèvent à la fois en partie du marché, d’un secteur concurrentiel, c’est le cas d’une partie de la diffusion, des têtes d’affiche par exemple. Mais qu’elles sont aussi du ressort du service public : c’est le cas de l’action culturelle, des pratiques en amateur ou de l’accompagnement des pratiques artistiques, qui, par essence, ne sont pas rentables. Comme le sont aussi l’éducation, la justice, la santé ; et c’est donc à ce titre que les musiques actuelles et la culture doivent être prises en charge par la puissance publique donc via des subventions.
Nous, les salles de concerts et lieux culturels, devons-nous nous préparer à faire de la pédagogie quant à l’intérêt de notre présence sur notre territoire ?
Malheureusement, nous pouvons constater que l’importance de la culture et plus largement du secteur associatif est de plus en plus contestée ces derniers temps. Les constats posés par certain·es citoyen·nes sont de plus en plus décomplexés, sans doute du fait de prises de positions de certains politiques qui les mettent à mal.
Je pense que nous devons y être particulièrement vigilant·es. En effet une des principales caractéristiques du fascisme est bien la haine de la culture et la contestation de la figure de l’artiste. Faisons donc attention à ces discours populistes de plus en plus présents et audibles, politiquement et médiatiquement et rappelons que les salles de concerts et les lieux culturels sont indispensables pour se confronter artistiquement, mais aussi pour échanger, débattre entre citoyen·nes : ce sont des lieux de vie indispensables à la société.
Récemment, vous montez au créneau et mobilisez vos adhérents concernant la baisse de budget, comment s’organisent ces mobilisations et campagnes de communication aussi rapidement ?
La chance, mais sans doute aussi l’origine du secteur des musiques actuelles est qu’il est extrêmement structuré : certes il y a le SMA, mais au préalable il y a aussi des fédérations nationales ainsi que des réseaux régionaux et surtout dans les structures : des militantes et des militants culturels ! Aussi le travail du SMA consiste à orchestrer tout cela, à mettre en mouvement ce réseau pour porter notre voix, qu’elle soit entendue et enfin prise en compte. Yves Bommenel, un de nos anciens présidents, parle de démocratie ascendante, c’est exactement ainsi que nous travaillons : tout part de la base des adhérents pour ensuite remonter.
Quel est votre avis concernant l’avenir du secteur des musiques actuelles ?
Cette année, le SMA fête ses 20 ans. Si nous regardons en arrière, je crois que l’on peut aisément se dire que le secteur s’est considérablement structuré et professionnalisé : respect des conventions collectives, du cadre légal, co-construction des politiques publiques avec les élu·es, etc.
Toutefois, si je me projette sur les 20 prochaines années, je ne serais sans doute pas aussi optimiste, (étant pourtant de nature relativement optimiste !) notamment au vu de ce que j’ai pu développer précédemment. En effet la culture est de plus en plus reléguée et mise à mal politiquement, considérée comme « non essentielle » aussi. Où cela va-t-il nous mener ? Clairement la musique ne cessera pas ! Hélas, il n’est pas impossible que nous revenions en arrière, vers un secteur plus DIY (do it yourself). Mais nous allons nous battre pour que ce ne soit pas le cas !
Quelques mots concernant la baisse des subventions en Pays de la Loire ?L’exemple des Pays de Loire est typique de ces politiques qui considèrent les politiques culturelles comme secondaires, non essentielles, « shootées à l’argent public » pour reprendre les mots de l’élue.
Bien sûr, comme la Présidente de Région, nous sommes aussi affolé·es par le niveau d’endettement de notre pays et souhaitons y apporter des solutions adaptées. Mais à notre sens, faire une croix pure et simple sur les dépenses culturelles est une grave erreur, d’autant plus dans le contexte actuel. Nous constatons toutes et tous que la société est de plus en plus fracturée et le rôle de la culture dans ce contexte est justement de rassembler, au-delà des clivages et des opinions des individus, en créant du sensible. La culture n’est pas un supplément d’âme, mais au contraire le ciment de notre société : nous sommes toutes et tous des êtres sensibles.
Qu’écoutez-vous sur votre temps libre ?
Je suis une grande fan de PJ Harvey, c’est elle que j’écoute le plus régulièrement et quand j’ai besoin d’être dans ma bulle, d’autant que sa discographie est immense et extrêmement variée. Je suis assez sensible aux voix féminines comme celles de Lucie Antunes, Jeanne Added, Dafné Kritharas, Cat Power, Beth Gibbons, Cocorosie, Camille ou Jennifer Charles d’Elysian Fields. Et globalement j’ai besoin de musique pour avoir de l’énergie, avoir des frissons, rêver, donc j’écoute un répertoire assez large et largement inspiré par les productions et les programmations des adhérents que je lis avec attention et qui me guident dans mes choix : merci à elles et eux pour cette direction artistique de choix !